« Heimoe, une nuit au musée » colle à l’actualité avec la réouverture du Musée de Tahiti et des îles et le retour de trois pièces emblématiques du patrimoine polynésien : le ti’i A’a de Rurutu, le costume du deuilleur et le Maro‘ura. Pour l’occasion, une vingtaine d’artistes interprète chacun à sa façon l’un de ces trois trésors. Une exposition inédite et décalée qui donne envie d’aller au musée !

 « Cette exposition est prévue depuis que nous savons que ces trois pièces allaient revenir à Tahiti pour la réouverture du musée de Tahiti et des îles le 4 mars dernier. On trouvait amusant cette idée de revisiter ces œuvres datant d’un autre temps avec un regard contemporain dans notre ‘musée imaginaire’, clin d’œil au film Une nuit au Musée. » explique Vaiana Drollet de la galerie Winkler.
 
Plus de vingt artistes ont donc joué le jeu en produisant chacun avec sa propre vision, l’unique et énigmatique sculpture de Rurutu, le A’a, ou l’impressionnant costume du deuilleur qui était porté par le maitre de cérémonie des rites funéraires des ari’i ou encore le Maro’ura, une ceinture sacrée de plusieurs mètres de long faite de tapa et de plumes.

Aito branché, plume sacrée, galets cousus…

Parmi la trentaine de pièces présentées, Ken Hardie propose un tableau en bois avec une plume rouge symbolisant le lien sacré. Un élément présent dans les trois pièces. Cronos imagine quant à lui, un aito des temps modernes, tatoué, portant des baskets, des chaussettes et un plastron en plumes autour du cou ; il soulève ainsi le rapport entre modernité et culture.  Le sculpteur Stéphane Motard a vu un retour du A’a plus spatial avec sa pierre « L’A’arivée ». Jean-Paul Forest présente deux sculptures de A’a. La première, figurative avec ses petits galets cousus à la façon des multiples représentations anthropomorphes qui recouvrent la vraie statue. La seconde pièce est un monolithe à trous. Un côté lisse, un coté rugueux, un côté aléatoire, un côté systémique. Quant à Evrard Chaussoy, il interprète dans son tableau le retour d’un A’a à moitié libéré, toujours sous le carcan britannique puisque rappelons-le, il s’agit d’un prêt de la part du Bristish Museum et non d’un retour définitif de l’œuvre. Sûrement une invitation au questionnement de la part de l’artiste. Même réflexion pour Sébastien Canetto avec son A’a « Délivrance » qui semble avoir bien du mal à se défaire des tentacules d’une pieuvre…allez savoir de quelle pieuvre il s’agit ?

Une œuvre commune autour du Maro‘ura

Après avoir visité le musée et découvert « en vrai » les trois pièces star de la réouverture, les artistes ont composé un tableau à intégrer dans une œuvre commune, une sorte de reconstitution fictive du Maro‘ura. « C’est parti un peu dans tous les sens et c’est intéressant de découvrir la version de chacun. Il y avait quelques impératifs à respecter, notamment pour le format. On a voulu que chaque pièce mesure les mêmes dimensions que celles du fragment du Maro‘ura présenté au musée, 35 par 18 cm, et que le code couleur soit respecté ». En seulement dix jours, l’œuvre commune composée de 24 éléments est née et elle constitue la pièce maîtresse de cette exposition. Elle est d’ailleurs à vendre dans son intégralité.

Isabelle Lesourd.

Les artistes participants :
Sébastien Canetto, Yiling Changues, Evrard Chaussoy, Cronos, Andreas Dettloff, Jean Duday, Jean Paul Forest, Ken Hardie, HTJ, Guillaume Machenaud, Jonathan Mencarelli, Stéphane Motard, Mov, Maryse Noguier, Tahe, Tahiri Sommer, Tafetanui, Taunatere, THS, Tuatahi et des artistes invités.

L’exposition se poursuit jusqu’au 4 avril 2023.
Galerie Winkler, 17 rue Jeanne d’arc, Papeete.
 Horaires d’ouverture : 
Du lundi au vendredi de 9 heures à 12 h 30 / 13 h 30 à 17 heures
Samedi de 8 h 30 à 12 heures